Reportage photo – E-sport, des nouveaux athlètes

L’e-sport, ou sport électronique, rassemble des joueurs professionnels, des équipes, des compétitions internationales et des communautés de supporters. Derrière les retransmissions sur Twitch et YouTube se trouvent des entraînements quotidiens, un encadrement spécialisé et une forte pression du résultat.

Photojournaliste à Lille, j’ai documenté cet univers auprès de GameWard à Boulogne-Billancourt et de Team BDS à Genève, puis lors du London Major de Rocket League, en juin 2024, à la Copper Box Arena de Londres.

Ce reportage s’intéresse aux personnes qui font vivre la compétition : joueurs, coachs, managers et supporters. Il montre la préparation physique et mentale, les déplacements, les sacrifices personnels et les nouveaux métiers de l’e-sport. Il s’inscrit dans mes reportages photographiques consacrés aux transformations de la société.

Team BDS et GameWard : le quotidien des joueurs professionnels

La professionnalisation du jeu vidéo a donné naissance à des équipes et à des circuits de compétition organisés autour de titres comme Rocket League, League of Legends, Counter-Strike, Valorant ou Rainbow Six Siege. Chaque jeu possède ses règles, ses calendriers et ses communautés.

Team BDS à Genève : préparer le London Major

À Genève, j’ai suivi Team BDS pendant sa préparation au London Major des Rocket League Championship Series (RLCS). Joueurs, coach et manager travaillent sur les stratégies, les automatismes et l’analyse des adversaires.

Evan Rogez, alias Monkey Moon, champion du monde de Rocket League, explique : « Nous sommes des sportifs professionnels. Nous mobilisons de nombreuses aptitudes physiques et, surtout, nous devons gérer le stress avec la mentalité d’un sportif traditionnel. »

La préparation associe la maîtrise du jeu, la coordination entre les joueurs, la gestion du stress et la cohésion collective.

GameWard à Boulogne-Billancourt : un entraînement encadré

À Boulogne-Billancourt, j’ai également suivi les joueurs de GameWard. Leur quotidien comprend des séances de cardio, de musculation et de yoga, une alimentation surveillée ainsi qu’un accompagnement physique et psychologique.

Les matchs d’entraînement, appelés scrims, permettent de travailler les stratégies et les automatismes contre d’autres équipes. Les coachs accompagnent aussi les joueurs dans leur concentration et leur gestion de la pression.

Préparation, santé et contraintes de la compétition

Un travail physique, mental et technique

Les longues périodes devant un écran, les entraînements répétés et la pression du résultat occupent une place importante dans le quotidien des joueurs. Les équipes photographiées accordent une attention à leur condition physique, à leur récupération et à leur préparation mentale.

Le reportage montre ce travail rarement visible pendant les retransmissions. Une rencontre de quelques minutes repose sur des heures de préparation, d’analyse et d’entraînement collectif.

Déplacements et éloignement familial

Les joueurs professionnels peuvent consacrer jusqu’à dix ou onze heures par jour à l’entraînement. Les compétitions internationales ajoutent des déplacements fréquents à ce rythme exigeant.

Araujo, manager de Team BDS, âgé de 26 ans au moment du reportage, décrit les conséquences de cette organisation : « Nous faisons le tour du monde toute l’année, donc les gamers voient moins leurs parents et leurs familles. Ils voient moins leurs copines s’ils en ont une. Ce sont des sacrifices qu’on peut aussi faire dans le monde du sport traditionnel. Donc pour moi, c’est clairement un sport. »

La compétition impose ainsi des choix personnels à de jeunes professionnels : éloignement familial, disponibilité pour les déplacements et incertitude liée aux résultats.

London Major : des salles d’entraînement à l’arène

En juin 2024, le reportage suit Team BDS jusqu’au London Major de Rocket League, à la Copper Box Arena de Londres.

Les premières phases se déroulent dans un environnement fermé. Les phases finales placent ensuite les joueurs devant plusieurs milliers de spectateurs. Les parties sont projetées sur des écrans géants, commentées en direct et retransmises en ligne.

Maillots, chants, supporters et sponsors donnent à la compétition les codes visuels des grands événements sportifs. Mes photographies montrent le passage entre ces deux espaces : la concentration des joueurs en coulisses et l’exposition devant le public.

Une économie et des métiers autour du jeu vidéo

Des chiffres à replacer dans leur année de référence

En France, l’Observatoire économique de l’esport estimait le chiffre d’affaires du secteur à environ 141 millions d’euros en 2022.

Le Baromètre France Esports 2023 estimait à 11,8 millions le nombre d’internautes français de 15 ans et plus regardant ou pratiquant l’e-sport. Parmi eux, 4,7 millions déclaraient à la fois regarder et pratiquer, tandis que 1,3 million étaient exclusivement pratiquants.

Ces données constituent des repères historiques pour comprendre le contexte du reportage. Elles ne décrivent pas la situation du secteur en 2026.

Joueurs, coachs, managers et organisateurs

Autour des joueurs travaillent des coachs, des managers, des analystes, des préparateurs physiques, des psychologues, des agents et des équipes de communication. Les organisateurs de compétitions, les diffuseurs et les éditeurs de jeux participent également à cette économie.

Le reportage documente cette organisation professionnelle et la manière dont elle encadre une activité née de la pratique du jeu vidéo.

E-sport et mouvement olympique : le contexte a évolué

La perspective olympique au moment du reportage

En juillet 2024, le Comité international olympique (CIO) a annoncé la création des Olympic Esports Games, dans le cadre d’un partenariat avec le Comité olympique et paralympique saoudien.

C’est dans ce contexte que mon reportage a été présenté à Visa pour l’Image 2024 sous le titre « E-SPORT, les athlètes olympiques de demain ». Ce titre exprimait une perspective discutée à cette époque. Il ne signifiait pas que Rocket League ou les autres jeux photographiés figuraient au programme des Jeux olympiques traditionnels.

La fin de la coopération annoncée le 30 octobre 2025

Le 30 octobre 2025, le CIO a annoncé la fin de sa coopération avec le Comité olympique et paralympique saoudien concernant les Olympic Esports Games.

Dans son communiqué sur les Olympic Esports Games, le CIO indique vouloir élaborer une nouvelle approche et rechercher un nouveau modèle de partenariat.

La perspective d’une première édition organisée en Arabie saoudite, évoquée après l’annonce de 2024, doit donc être comprise comme une étape historique du projet. Elle ne peut plus être présentée comme une échéance confirmée.

Une pratique sportive qui reste discutée

L’e-sport mobilise les réflexes, la coordination, la concentration, la stratégie et la gestion du stress. Son organisation en équipes, circuits internationaux et entraînements encadrés reprend plusieurs caractéristiques du sport professionnel.

Mon reportage documente la manière dont les joueurs vivent leur activité et les exigences de leur métier. Il permet d’observer cette pratique sans réduire sa définition à sa reconnaissance olympique.

Photographier les transformations du travail et du sport

Ce travail porte sur de jeunes professionnels, leur encadrement et les communautés qui suivent leurs compétitions. Il interroge les relations entre le jeu vidéo, le travail, le spectacle et la performance.

J’ai photographié les entraînements, les échanges avec les coachs, les moments d’attente et la confrontation au public. Ces situations permettent de raconter ce qui se déroule autour des écrans et d’incarner un univers souvent présenté à travers ses seules performances numériques.

Cette démarche rejoint mes autres reportages sur les évolutions de la société, notamment mon travail sur l’intégration des migrants par l’apiculture et mon immersion auprès des sauveteurs bénévoles de la SNSM à Dunkerque.

Distinction et publications du reportage

Un Coup de cœur ANI à Visa pour l’Image 2024

Présenté sous le titre « E-SPORT, les athlètes olympiques de demain », ce reportage a reçu un Coup de cœur de l’Association nationale des iconographes (ANI) lors des lectures de portfolios de Visa pour l’Image 2024, à Perpignan.

Cette sélection figure dans les archives des sélections et du prix ANI-PixTrakk.

Revue XXI : « Les gladiateurs du clic »

Revue XXI a publié le 7 octobre 2024 le récit « Les gladiateurs du clic », consacré à GameWard et Team BDS, avec mes photographies et un texte de Nicolas Gastineau.

Le sujet a également fait l’objet d’une publication en double page dans l’édition imprimée de la revue.

Une sélection dans le Livre DR #4

Le reportage a été sélectionné pour le Livre DR #4 du Collectif DR. Publié en 2024, cet ouvrage de 176 pages réunit quinze reportages consacrés au sport, à ses pratiques et à ses transformations sociales.

Un entretien sur la réalisation du reportage

Dans l’entretien accordé à Revue XXI, « J’avais en tête l’image du gamer dans sa chambre qui bouffe des chips », je reviens sur mon immersion auprès des deux équipes, la préparation des joueurs et les difficultés photographiques propres à cet univers.

Cet échange raconte aussi l’évolution de mon regard au cours du reportage.

Découvrir mes reportages et me contacter

Cette série fait partie de mon portfolio de photographie documentaire. Mes autres travaux sont présentés dans la rubrique Reportages, et leurs diffusions dans la presse et l’édition dans la rubrique Publications.

Pour une publication, une recherche iconographique ou une commande éditoriale consacrée à l’e-sport, aux jeux vidéo, au sport ou aux transformations de la société, vous pouvez me contacter directement.

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